mardi 27 septembre 2016

Des vies en mieux, Anna Gavalda (2014)

Quatrième de couverture :

" Billie a 13 ans. Elle n'a connu que les coups et la misère. Un matin, en classe, elle découvre On ne badine pas avec l'aour d'Alfred de Musset et l'amitié. Sa vie va changer.

   Mathilde a 24 ans. Un jour, elle oublie son sac à main dans un café. Un homme lui rend la semaine suivante et, à cause de cet homme justement, elle décide de changer de vie.

   Yann a 26 ans. Un soir, il rend service à son voisin de palier qui l'invite à dîner pour le remercier. Au cours de cette soirée, il réalise que sa vie n'a aucun intérêt et qu'il doit tout recommencer.

   Trois prénoms. Trois histoires. Trois jeunes gens d'aujourd'hui, déterminés et courageux, qui préfèrent encore se tromper de vie que de n'en vivre aucune."





Mon avis :

   Des vies en mieux est un recueil de trois nouvelles : "Billie", "Mathilde", et "Yann". Depuis longtemps je cherchais partout le livre Billie avec le petit âne en couverture sans plus jamais le trouver, alors que j'avais bien souvenir de ne voir que lui sur les étagères des libraires il y a deux ou trois ans. Quelle ne fut pas ma surprise de le découvrir dans ce livre (l'âne en couverture en moins), livre que j'avais pris pour son titre prometteur. Des vies en mieux, ça fait rêver, non ?

   J'ai donc enfin pu faire la connaissance de Billie, mais j'avoue que ce n'est pas le personnage que j'ai préféré. Cela dit, cette lecture aura été l'occasion de me replonger dans un classique lu plusieurs fois, mais il y a maintenant presque 20 ans, On ne badine pas avec l'amour d'Alfred de Musset.
   En fait, j'ai préféré la deuxième nouvelle "Mathilde" plus que la première, et la troisième, "Yann", plus que la deuxième !

   Dans Billie, j'ai aimé cette amitié naissante entre deux gamins paumés du collège, rejetés par les autres, qui deviendra une amitié indéfectible. Mais j'ai eu du mal avec l'écriture. J'avais beau savoir que c'était pour retranscrire le milieu social du personnage, j'ai eu du mal.

   Dans Mathilde, le côté tête en l'air du personnage perdant un sac bourré de fric m'a plu, tout comme l'honnêteté de l'homme qui lui ramène le sac et le lien qui va s'établir entre eux.

   Mais la nouvelle que j'ai préférée c'est "Yann". Cette rencontre avec ses voisins qui va changer sa vie, j'ai trouvé ça génial.

   Trois lectures sympathiques qui ne me laisseront peut-être pas un souvenir impérissable, mais qui m'ont fait passer un bon moment de lecture. C'est tout ce que je demandais cet été !



Quelques citations : 

  •  Concernant les téléphones portables et internet : "Toutes ces distractions qui vous distraient de vous-mêmes, qui vous ont fait perdre l'habitude de penser à vous, de rêver à vous, de papoter avec la base, d'apprendre à vous connaître ou à vous reconnaître, de regarder les autres, de sourire aux inconnus, de mater,  de flirter,  d'emballer, de baiser même ! mais qui vous donnent l'illusion d'en être et d'embrasser le monde entier...    Tous ces sentiments codés, toutes ces amitiés qui ne tiennent qu'à un fil, qu'il faut recharger tous les soirs et dont il ne resterait rien si les plombs sautaient, c'est pas du fantasme, ça, peut-être ?" (Mathilde, p.294) 
  • "Mais Mathilde...mais c'est magnifique de souffrir quand on est en bonne santé. C'est un privilège ! Il n'y a que les morts qui ne souffrent plus ! Réjouis-toi, ma belle ! Va, cours, vole, espère, plante-toi, saigne ou festoie, mais vis ! Vis un peu !" (Mathilde, p.299)
  •  "Emoticône. Les nom est aussi vulgaire que la chose. Je hais ces trucs de feignants. Au lieu d'exprimer un sentiment, on l'expédie. On appuie sur une touche et tous les sourires du monde sont pareils. Les joies, les doutes, le chagrin, la colère, tout a la même gueule. Tous les élans du coeur se retrouvent réduits à cinq ronds hideux. Putain, quel progrès..." (Yann, p.342)
  • "Sans parler [des professeurs] de français qui finissaient toujours par vous dégoûter de lire à force de vous obliger à tout saloper -- Relevez et ordonnez le champ lexical de la sensualité dans ce poème de Baudelaire, boum, terminus, tout le monde débande -- [...]" (Yann, p.344) 
  • "Mais, Yann... Mon jeune ami... Bien sûr que je la connaissais. Les gens qu'on aime, on ne les rencontre pas, voyons, on les reconnaît. Vous ignoriez cela ?" (Yann, p.388)
  • "Car  c'est une chose que j'ai apprise dans mon métier et c'est valable pour toutes les occasions où le hasard a envie de s'amuser aussi, j'imagine... Il arrive un moment où il faut provoquer le destin. Le provoquer dans le sens le défier. Oui, il arrive toujours un moment où il faut aller chercher sa chance par la peau du cou et essayer de l'émouvoir en misant le tout pour le tout. Tous ses jetons, tout son pognon, toutes ses réserves d'enchères. Son confort, sa retraite, le respect de ses pairs, sa dignité, tout. Sur des coups pareils, ce n'est pas "Aide-toi et le Ciel t'aidera", c'est "Divertis-le et le Ciel te remerciera peut-être." (Yann, p.393)
  • "Je te quitte parce que tu n'es pas indulgente et parce que tu ne vois jamais ce qui compte vraiment chez les gens. Franchement, quelle importance "é" ou "er" ou que ce soit le pull de ma soeur plutôt que ça soye le pull à ma soeur, hein ? Quelle importance ? Bien sûr, ça écorche un peu l'oreille et un peu la langue, bon, mais... et alors ? Ça n'abîme rien d'autre que je sache. Ça n'abîme rien des gens, du coeur des gens, de leurs élans, et de leurs intentions, enfin si, ça bousille tout puisque tu les méprises avant même qu'ils aient eu le temps finir leur phrase..." (Yann, p.420)

Des vies en mieux, Anna Gavalda (2014)
Ed.J'ai lu (430 pages)

dimanche 25 septembre 2016

Pas assez pour faire une femme, Jeanne Benameur (2013)

    Voilà, j'enchaîne les lectures (quoi que, un peu moins depuis la reprise du travail) et je ne prends pas le temps de bloguer. Flemme. Manque d'envie. Pourtant de nombreuses citations sont en attentes ! Alors, je reprends par un auteur que j'aime énormément et que j'ai eu la chance de rencontrer. 



4eme de couverture :
     Quand Judith rencontre Alain, elle découvre à la fois l'amour et la conscience politique. Cette jeune fille qui a grandi en oubliant qu'elle avait un corps est parvenue de haute lutte à quitter une famille soumise à la tyrannie du père pour étudier à la ville. Alain est un meneur, il a du charisme et parle bien, il a fait Mai 68. Si elle l'aime immédiatement, c'est pour cela : les idées auxquelles il croit, qu'il défend et diffuse, qui donnent un sens au monde.
    Bref et intense, ce récit est celui d'une métamorphose : portée par l'amour qu'elle donne et reçoit, Judith se découvre un corps, une voix, des opinions, des rêves. L'entrée dans le monde de la littérature, de la pensée, de l'action politique lui ouvre un chemin de liberté. Jusqu'où ?


Citations :
  • "Parce que chez moi à l'intérieur, il y a une zone fermée, barricadée. Depuis si longtemps que je ne sais même plus. Peut-être que je suis née avec. Une zone que je n'approche pas. Trop dangereuse. Territoire miné. Les mines je ne sais même pas où elles sont ni qui les a posées. Je les sens c'est tout. Moi je sais qu'elles sont là. Je n'en parle à personne. Parce que ma mère ou ma soeur, elles ne comprendraient pas. Elles diraient qu'à force de lire je deviens folle ou quelque chose comme ça. Alors je me tais. Et je fais avec. Comme je peux." (p.12) 
  • "J'ai grandi seule. Dans ma tête. J'ai oublié mon corps." (p.16)
  • "Et quand j'ai encore passé une sale nuit, je sais que si je prends un livre dès le réveil, ça ira mieux. Dans la lecture, je vais partir loin de ce qui me poursuit et qui n'a pas de visage." (p.22)
  • "Je m'endors tranquille dans ma petite chambre, les livres en pile au pied de mon lit. Si je me réveille la nuit, je sais que je peux replonger dans la lecture et que le sommeil va me cueillir à nouveau, embarquée loin dans l'écriture d'autres que moi et parfois ramenée si près de moi que j'en suis bouleversée, comme si le livre n'était que pour moi. Je ne sais pas comment font les auteurs pour arriver à ça mais c'est magnifique." (p.40)
  • "Chaque jour était un monde et la vie enfin était une aventure." (p.63)
  • "Et c'est en lisant des romans que j'ai appris à aimer vraiment les gens. Comme quoi la fiction, hein, ça sert à quelque chose !" (p.63)
  • "La littérature entrait dans ma vie au plus intime et je sentais qu'elle me permettait de vivre. Elle ouvrait un espace possible pour respirer à l'intérieur de moi. Je prenais force. Dans le silence des mots écrits. Ceux des autres. Les miens." (p.66)



Pas le courage d'écrire en toutes lettres pourquoi j'ai aimé ce petit roman. Les citations et la vidéo parlent pour moi.

Pas assez pour faire une femme, J.Benameur
Ed. babel (2013), 82 pages.