mercredi 22 avril 2015

Vipère au poing, Hervé Bazin (1948)



    Folcoche, Brasse-bouillon, Chiffe, Cropette. Ces noms ne vous disent rien ? Ce sont les personnages du roman de Hervé Bazin, Vipère au poing. Roman qui attendait sagement depuis quelques mois (années ?) que je lui fasse prendre l'air. C'est chose faite, pour mon plus grand plaisir.

     Jean Rezeau (alias Brasse-Bouillon), le narrateur, une fois adulte, raconte  son enfance au manoir de La Belle-Angerie. Enfance tout d'abord heureuse auprès de sa grand-mère et de son frère Ferdinand (alias Frédie ou Chiffe) jusqu'à la mort de celle-ci. Jean a alors 8 ans. 

"Grand-mère mourut. Ma mère parut.
                           Et ce récit devient drame." (p.25)

     Drame, en effet, et ce dans tous les sens du terme. Evénement violent et tragique : comment une mère peut-elle détester ses enfants à ce point ? Mais drame aussi au sens théâtral du terme. Le narrateur décide de présenter cette histoire sous forme de scènes, de tableaux dignes du théâtre.

L'histoire :

     Jean et Ferdinand sont élevés par leur grand-mère, dans le Craonnais, près de Angers. Leurs parents vivent en Chine depuis de nombreuses années. En vérité, ils ne les connaissent pas. Au décès de leur grand-mère, la famille envoie un télégramme aux parents (nous sommes en 1924) pour les informer de la nouvelle et leur demander de revenir en France. Chose qu'ils feront au bout de huit mois  seulement ! 
     Les enfants sont heureux de voir ces parents, et surtout cette mère, qu'ils ne connaissent pas. Une dame du village leur avait dit qu'une mère c'était bien mieux qu'une grand-mère ! C'est donc tout excités qu'ils attendent l'arrivée de leur parents et de leur jeune frère, Marcel (alias Cropette) qu'ils n'avaient jamais vu, celui-ci étant né en Chine. A peine Mme Rezeau est-elle descendue du train qu'ils se jettent à ses jambes et reçoivent, chacun, en échange de cet élan d'affection, une gifle magistrale. Le ton est donné. La guerre est déclarée.

     "On m'a dit cent fois qu'elle avait été belle. Je vous autorise à le croire, malgré ses grandes oreilles, ses cheveux secs, sa bouche serrée et ce bas de visage agressif qui faisait dire à Frédie, toujours fertile en mots : 
     "Dès qu'elle ouvre la bouche, j'ai l'impression de recevoir un coup de pied au cul. ce n'est pas étonnant, avec ce menton en galoche."
     Outre notre éducation, Mme Rezeau aura une grande passion : les timbres. Outre ses enfants, je ne lui connaîtrai que deux ennemis : les mites et les épinards. Je ne crois rien pouvoir ajouter à ce tableau, sinon qu'elle avait de larges mains et de larges pieds, dont elle savait se servir." (p.32)

     L'histoire commence alors que Jean n'a que huit ans et se termine lorsqu'il approche des seize ans. Pendant tout ce temps, une guerre sans merci a lieu sous le toit de la Belle-Angerie. Tout y passe. Des simples mesquineries à la tentative d'assassinat ! Les fils comme la mère tentent de s'empoisonner mutuellement ! On rit car la façon dont tout cela est raconté s'y prête, bien que cela soit tragique. Pendant ce temps, les prêtres qui font office de précepteurs défilent. A la fin du roman, c'est BVII qui officie. Les Rezeau appartiennent à la bourgeoisie. Le père, une fois en France, ne travaille pas. Ils vivent de leurs rentes. Les enfants ne vont pas au collège.

     Si le récit est raconté du point de vue de Brasse-Bouillon qui hait sa génitrice, le lecteur ne tarde pas à voir qu'en réalité celui-ci est bien le digne fils de sa mère. Des trois enfants, c'est lui qui se rapproche le plus de Folchoche (dérivé de "folle" et de "cochonne"), physiquement et moralement. Réalité que le narrateur admet lui même à la fin de son récit : "Folcoche est comme moi." (p231).

"L'homme doit vivre seul. Aimer, c'est s'abdiquer. Haïr, c'est s'affirmer. Je suis, je vis, j'attaque, je détruis. Je pense, donc je contrdis. Toute autre vie menace un peu la mienne, ne serait-ce qu'en respirant une part de mon oxygène. Je ne suis solidaire que de moi-même." (p.236).

     Pour conclure, un petit classique du XXème siècle qui fut une belle découverte. Si je connaissais vaguement l'histoire pour avoir vu le film avec Alice Sapritch étant petite, c'est avec un réel plaisir que j'ai lu ce roman.

Vipère au poing, Hervé Bazin (1948)
Ed. Livre de poche (230 p)

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