samedi 21 mars 2015

Madame Bovary, G.Flaubert (1856)

     Pendant les vacances, l'envie de lire, disons plutôt de relire, des classiques est apparue. J'avais pourtant tout une pile de livres contemporains qui attendaient sagement sur mes étagères. Mais l'humeur classique ne se décide pas. Elle est. Puis, je venais de lire la préface de Une autre histoire de la littérature de J.d'Ormesson, et je suis tombée sur cette phrase : "Le grand, peut-être le seul, inconvénient des livres nouveaux, c'est qu'ils empêchent, par leur nombre, de lire les livres anciens - dont on est sûr qu'ils sont bons, puisque les mauvais sont tombés dans la trappe de l'oubli."  
     Il y a encore tout un tas de classiques qui me sont inconnus, mais j'étais d'humeur à en redécouvrir un que j'avais lu dans mon jeune temps (non pas que je sois vieille, 33 ans, autant dire que mon jeune temps était hier !). Un problème s'est alors posé. Lequel de ces classiques, qui m'avaient enthousiasmée ado, allais-je relire ? Le Rouge et le Noir ? Les Hauts de Hurlevent ? Jane Eyre ? Illusions perdues ? L'Education sentimentale ? Une vie ? ou Madame Bovary ? Autant dire que la liste était assez longue et que je ne pouvais pas tous les relire en même temps.
     Finalement, mon choix s'est porté sur Flaubert et son célèbre personnage. Pourquoi ce roman-ci plus que les autres (que je relirai, c'est une évidence !) ? Disons que le fait qu'il soit au programme de Terminale L cette année a fortement fait pencher la balance en sa faveur.

L'histoire est tellement connue que je la présenterai dans les grandes lignes seulement.
   Le premier chapitre présente le personnage de Charles Bovary, ce qui est surprenant dans le sens où l'on s'attendrait plutôt à une présentation du personnage principal, éponyme. Mais, le personnage d'Emma, celui qui intéresse le lecteur, ne se fait pas trop attendre non plus puisqu'il arrive dès le deuxième chapitre.
   Charles est présenté d'emblée comme un homme ordinaire, tristement banal. On est loin de la description du prince charmant ! Enfant, il est la risée de la classe ; étudiant, il ne comprend rien à ses études de médecine, finit par sécher les cours par paresse, préférant les cabarets, et échoue à l'examen. On est donc loin de la présentation du super-héros auquel rêvent les femmes. Puis, il se marie pensant vivre une vie meilleure, mais c'est tout le contraire qui se passe. Il est dominé, sa femme est le maître. Bref, je n'irai pas jusqu'à le qualifier de "pauvre type", mais il faut quand même reconnaître qu'il est loin d'avoir du charisme ce pauvre  Charles !

   Puis, au deuxième chapitre, il doit partir soigner un paysan loin dans la campagne. Le père Rouault vit seul avec sa fille, Emma, élevée au couvent, chez les Ursulines et qui avait, par conséquent, reçu "une belle éducation" (p.75). Charles, une fois veuf (c'est-à-dire très rapidement, dès la fin du deuxième chapitre), tombe sous le charme de la jeune fille et la demande en mariage. Elle accepte, mais les trop nombreuses lectures faites au couvent lui ont rempli l'esprit d'une vision trop idéalisée de l'amour. Or, avec Charles, on est loin du prince charmant ! Très vite, elle devient insatisfaite. Elle est confrontée à la dure réalité du quotidien, ce qui ne coïncide pas le moins du monde avec l'idée de l'amour qu'elle s'était faite. Et en tant qu'éternelle insatisfaite, elle s'imagine que l'herbe est plus verte ailleurs. Elle sombre tout d'abord dans un état de dépression qui oblige Charles à déménager. Car celui-ci se mettrait en quatre pour la rendre heureuse ! Adieu Toste donc, et nouveau départ à Yonville. Emma reprend des forces, ce qui est très certainement dû à l'attrait de la nouveauté. Mais très vite, elle est de nouveau insatisfaite.
   Assez rapidement, elle tombe sous le charme de M.Léon, attirance réciproque d'ailleurs. Mais Emma joue aux saintes-nitouche ! Léon , ravagé par son amour pour la belle quitte Yonville pour Paris.
   Emma s'en remet finalement très vite et tombe sous le charme de Rodolphe. Une histoire romanesque comme Emma les aime. Une histoire qui durera deux ans. Jusqu'à ce que Rodolphe, en goujat qu'il est, et ça le lecteur le sait dès le départ puisqu'il avait tout prévu pour la mettre dans son lit rapidement, la quitte lâchement. Emma sombre alors à nouveau dans la dépression.
   Mais c'est sans compter sur le retour de Léon ! Cette fois, Emma n'est plus la sainte-nitouche que le jeune homme a connue. Elle devient très rapidement sa maîtresse.

   Et pendant toutes ces années, le pauvre Charles, aveuglé par son amour, ne voit rien ! Il comprend tout après le suicide de sa femme seulement. Pauvre homme ! Et là, on a pitié de lui quand même.

Les personnages : 
    Emma m'a un peu énervée, mais pas tant que ça non plus. J'ai eu aussi un peu pitié d'elle. Peut-être parce que je me suis reconnue dans sa vision de l'amour. Jeune, j'étais un peu comme elle, à idéaliser ce sentiment. Ah ! les lectures ne font décidément pas de bien aux jeunes filles ! Elles pervertissent leur esprit ! Mais, les jeunes filles grandissent, mûrissent et arrivent à composer avec la réalité. Chose qu'Emma n'a pas su faire. Parfois, j'ai eu envie de lui dire de réagir, de se remettre un peu en question (chose qu'elle ne fait jamais !), que la vie ce n'était pas ça ! Et en même temps, en temps que lectrice du XXI ème siècle, j'ai eu envie de lui dire : "Toi, ma fille, quelques séances chez le psy et un bon antidépresseur ne te feraient pas de mal !".

   Concernant les personnages masculins, j'ai ressenti un mélange de pitié et de tendresse pour ce pauvre mari trompé à son insu. Et en même temps,on a aussi envie de lui d'ouvrir les yeux.
   J'ai apprécié le personnage de Léon, qui n'est autre que le double masculin de Emma. Seulement, lui a su évoluer, mûrir.

   Le personnage de Rodolphe apparaît comme un mufle, une espèce de salaud qui va juste tout mettre en oeuvre pour attirer la jeune femme dans ses filets, arriver à ses fins et la quitter. Puis, finalement, on finit à éprouver de la sympathie pour lui. Il se fait prendre à son propre jeu et tombe amoureux d'Emma. Mais la façon dont il la quitte fait de nouveau naître la colère et on se dit que c'est bel et bien un beau salaud, et que finalement, on l'avait toujours su.

   Mais le personnage qui m'a le plus horripilée, c'est ce pédant de pharmacien : Homais. Celui-là, jamais je ne l'inviterai chez moi tellement j'exècre ce genre d'individus prétentieux, arrivistes, qui écrasent les autres. Le pire, je crois, c'est que la dernière phrase lui consacrée : "Il vient de recevoir la croix d'honneur." En fait, c'est le seul à avoir réussi en somme. C'est le genre d'individu comme il en existe encore tant à notre époque, prêt à tout pour recevoir les honneurs, surtout à écraser les autres.

Pour conclure : J'ai adoré relire cette histoire lue il y a de ça presque quinze ans maintenant. Cela m'a même donné envie de me replonger dans L'Education sentimentale tellement j'ai aimé l'écriture de Flaubert. Et surtout, cette relecture confirme ce que dit Jean d'Ormesson : avec les classiques, on est sûrs de ne pas se tromper !

Madame Bovary, Gustave Flaubert (1856)
Ed. Livre de poche (450 pages) 

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Challenge 2015

dimanche 1 mars 2015

Bilan livresque de Février

   Exit février, place au printemps (quoique aujourd'hui, il est permis d'en douter ; on se croirait plutôt à la Toussaint !). Petit bilan donc, rapide car peu de lecture. 



Pour commencer, un classique de la littérature policière que j'ai apprécié, mais sûrement pas à sa juste valeur pour cause de lenteur. Une célèbre aventure de Sherlock Holmes dans la lande du Devonshire à Baskerville Hall que je relirai afin de mieux l'apprécier.




Puis, un roman pour lequel je n'ai pas fait de billet ne sachant pas trop quoi en penser. Je ne sais pas si j'ai aimé ou non. En fait, il ne se passe rien. L'action se déroule à Arlington Park, petite ville anglaise, un vendredi. Plusieurs personnages. Seulement des femmes, mariées et mères de famille. Toutes ont la trentaine : entre 36 et 38 ans. Des personnages que l'on suit l'un après l'autre ayant pour seul lien Christine Lanham, personnage que je n'ai pas du tout aimé. Le roman se clôt par un repas chez Christine qui réunit quelques uns des personnages évoqués. Autre point commun à tous : elles ne sont pas heureuses. Pourtant, rien d'extraordinaire. Des vies banales. Ces femmes peuvent être n'importe quelle femme, et c'est peut-être ça qui rend ce roman terrible. Il ne se passe rien, on suit juste leurs états d'âme. L'image d'Epinal du mariage et de la maternité est sérieusement ébranlée. N'ayant pas d'enfant, je n'ai pu m'identifier à aucun des personnages. Le problème est peut-être là. Mis à part cela, c'est très bien écrit : une très belle oeuvre littéraire. Pour cela, du moins, je n'ai pas boudé ma lecture. En fait je crois que j'en attendais trop. J'en avais entendu beaucoup de bien à l'émission La Grande Librairie il y a quelques années ; la médiathèque où je l'ai emprunté le classait parmi ses coups de coeur ; j'avais lu des avis très positifs sur certains blogs. Mais, personnellement, je ressors déçue.


 
Enfin, l'envie de lire des classiques, plus précisément relire est apparue. Et c'est avec un grand plaisir que je me replonge depuis quelques jours dans Madame Bovary. Lecture qui sera finie d'ici quelques jours et pour laquelle je ne manquerai pas d'écrire un petit billet.









Voilà pour février. Moins d'enthousiasme qu'en janvier mais du plaisir quand même ! Un total de 756 pages.