mercredi 18 novembre 2015

Après la vague, Orianne charpentier (2014)

   Une critique brève pour un roman bref qui me laissera un souvenir bref !
   Après la vague est un roman qui n'est pas inintéressant, loin de là, mais d'une écriture beaucoup trop simpliste pour l'apprécier véritablement.

    Sur fond de cette terrible catastrophe naturelle qui a frappé l'Asie en 2004, Orianne Charpentier nous livre le destin tragique d'une famille française lambda. Maxime, le personnage principal de l'histoire, à peine âgé de 16 ans, est en vacances en Asie, au bord de l'océan Indien, avec sa soeur jumelle, Jade, son frère aîné, Albert, et ses parents. Un matin, lors du petit déjeuner à l'hôtel, il annonce à ses parents qu'il refuse de partir visiter la région avec eux. Il préfère profiter de la plage et du soleil. Ses parents ne sont pas d'accord, puis finissent par se résigner. Jade décide de rester avec lui. La catastrophe se produit lors de cette matinée ensoleillée. Jade est emportée par la vague ; Maxime gravement blessé, mais vivant. C'est la lente et douloureuse reconstruction de Maxime, le deuil qu'il doit faire pour continuer à vivre, que relate ce petit roman.

   L'histoire est donc intéressante, d'autant plus que c'est la première que je lis concernant cet événement. On imagine très bien la douloureuse étape que le personnage principal est en train de vivre. Toutefois, sans tomber dans le pathos à haute dose, il me semble que les sentiments éprouvés par Maxime, Albert ou ses parents, auraient pu être bien plus détaillés. Mais surtout, ce qui m'a dérangée, c'est que j'ai pu lire le roman très rapidement, en survolant certains passages, sans que cela nuise à la compréhension. Et ça, je n'aime pas. C'est pour moi le signe d'une qualité (très) médiocre.

Cependant le prologue aura retenu mon attention :

   "Tous, à la fin de nos vies, nous mourrons.
   Mais pour la plupart d'entre nous, la mort n'est qu'un mirage vague, un horizon lointain. Tant que nous sommes jeunes et bien portants, nous traversons la vie comme des funambules ; nous marchons sur le fil à grands pas hâtifs, pressés de trouver un milieu plus stable et plus heureux.
    [...]
   Oui, nous vivons en surfant sur l'écume de la vie, sans jamais comprendre vraiment ce que c'est que la vie. Jusqu'à ce qu'une vague nous engloutisse ; qu'elle nous broie, qu'elle nous brise, qu'elle nous lâche et nous rejette, pour nous remettre au monde, nu comme un nouveau-né -- et tout recommencer autrement."

Après la vague, Orianne Charpentier (2014)
Ed. Scripto (155p.)

lundi 12 octobre 2015

No et moi, Delphine de Vigan (2007)

     Et à nouveau une relecture ! Décidément, moi qui ne lisais jamais deux fois le même livre, 2015 aura été l'année des relectures ! Cette fois, c'est plus pour un besoin professionnel que par plaisir personnel. J'avais découvert ce roman en août 2010 et l'avais vraiment apprécié. Cherchant de nouvelles lectures à proposer à mes 3èmes, je me suis souvenue de celle-ci. Mais elle fut moins agréable que dans mon souvenir. Peut-être est-ce tout simplement dû au fait qu'il y avait un objectif professionnel derrière.


     L'histoire est touchante. On se laisse attendrir par le personnage principal qui n'est autre que la toute jeune narratrice, Lou Bertignac, âgée de seulement 13 ans et déjà en classe de 2nde. Lou est ce qu'on appelle un EIP (enfant/élève intellectuellement précoce). Son camarade de classe la définit ainsi "T'es toute petite et t'es toute grande." Lui, c'est Lucas Muller. L'extrême opposé de Lou. Il a deux ans de retard, beaucoup de charme et de confiance en lui, il est insolent. C'est le chef de la classe. Aussi improbable que cela puisse être, une amitié va naître entre eux. Amitié qui sera renforcée par le lien que constitue No. No ou Nolwenn Pivert. Agée de tout juste 18 ans, elle est SDF. Lou fait sa connaissance à la gare d'Austerlitz et décide, dans le cadre de son cours de SES avec monsieur Marin, de faire un exposé sur les jeunes femmes sans domicile fixe à partir du témoignage de No. 
     Une amitié va naître entre elles. Cette amitié fera grandir Lou, permettra (pour un moment au moins) de remettre No dans le bon chemin, et guérira en partie la mère de Lou de la dépression profonde dont elle est atteinte. Une belle amitié, mais qui personnellement m'a laissé un goût amer à la fin de la lecture. 
     J'ai trouvé la fin sombre. Il y a un écart entre le monde des adultes représenté par les parents de Lou et celui des ados représenté par Lou et Lucas. Les ados font tout ce qu'ils peuvent pour "sauver" leur amie quand les parents n'ont pas l'air plus inquiets que cela. No est sortie de leur vie aussi facilement qu'elle y est entrée. Lou dirait : "Les choses sont ce qu''elles sont". Ce côté un peu résigné des adultes, certes proche de la réalité, ne m'a pas vraiment plu. Mais c'est surtout la fin de l'histoire concernant No qui m'a le plus dérangée. Cela se termine sur une vision sombre des SDF. Comme s'ils n'avaient finalement pas moyen de sortir de cet état. Que c'est leur vie et que : "Chacun sa vie. Finalement, c'est No qui  a raison. Il ne faut pas tout mélanger. Il y a des choses qui ne se mélangent pas." 
     Cependant, il y a quand même une note positive lorsque Monsieur Marin à l'heure de la retraite dit à Lou : "Ne renoncez pas." Lui qui n'est au courant de rien mais qui a très bien compris le caractère de Lou. Dans ce "Ne renoncez pas" il y a cet appel à toujours se battre contre les injustices de la vie, ne jamais les tolérer. Et effectivement, je pense que la jeune Lou a besoin de cette parole pour continuer à grandir.

     Pour conclure, l'histoire m'a moins emballée que la première fois. Mais peut-être est-ce tout simplement dû au fait que c'était l'enseignante qui jugeait la lecture qu'elle pourrait donner à ses élèves. Et non, je ne leur donnerai pas. 
     Tout d'abord parce que le thème est un peu difficile pour eux : ils ne sont pas assez matures et vu l'endroit où j'enseigne je ne suis pas convaincue que la thématique des sans-abris soit quelque chose qui les interpelle. 
   Ensuite, parce que stylistiquement, je ne vois pas bien ce que je pourrais dire de l'écriture de Delphine de Vigan ; mais aussi parce que les phrases étant très longues (mimant la façon de penser de Lou), je ne suis pas sûre qu'ils arrivent à tout comprendre à chaque fois (le sens des phrases mis en valeur grâce à la ponctuation est un véritable problème pour eux). 
    Enfin, parce qu'à titre personnel, je trouve la fin beaucoup trop sombre. Certains, et notamment certaines élèves, sont en famille d'accueil et l'histoire de No peut ne pas leur donner une image très positive de l'avenir qui les attend. La vie n'est pas toujours rose, d'accord, mais si on pouvait leur donner des textes gais par moments, ce serait bien aussi. 
    Voilà pourquoi je ne leur ferai pas étudier en classe. Et non, je ne prends pas mes élèves pour des imbéciles. J'enseigne juste dans un collège rural assez défavorisé. Toutefois, cela ne m'empêchera pas de leur faire découvrir le roman : le liront ceux qui le voudront pour leur propre plaisir !


"Ceux qui croient que la grammaire n'est qu'un ensemble de règles et de contraintes se trompent. Si on s'y attache la grammaire révèle le sens caché de l'histoire, dissimule le désordre et l'abandon, relie les éléments, rapproche les contraires, la grammaire est un formidable moyen d'organiser le monde comme on voudrait qu'il soit." (p.155-156)


No et moi, Delphine de Vigan (2007)
ed. Livre de poche (240p)

vendredi 9 octobre 2015

Le comte de Monte-Cristo, A.Dumas (1844-45)



   Voici le roman le plus long que j'aie lu, d'après mes souvenirs du moins. Le plus long en termes de pages (1546 pages !! Qui plus est, un classique !), mais aussi le plus long en termes de temps passé à le lire (deux mois : un mois par tome). Le temps de lecture aurait pu être sérieusement raccourci, mais la vie et ses obligations quotidiennes, ses contraintes, ses obstacles, sont passés par là et ont sérieusement entrecoupé ma lecture. En août, quelques jours, jusqu'à une semaine parfois, séparaient deux moments de lecture. En septembre, la santé chancelante a séparé deux moments de lecture de presque trois semaines. Sans oublier le laps de temps écoulé entre le 1er et le 2nd tome, temps passé à rechercher ce 2nd tome justement ! Ceci dit, là où pour certains romans (la majorité selon mon expérience), le temps très étiré passé à la lecture essouffle l'intérêt porté, j'ai retrouvé à chaque fois avec un grand bonheur Le Comte de Monte-Cristo, et cela dès les premières lignes. Tout de suite, j'étais plongée dans cet univers incroyable et impitoyable. Ce fut un formidable moment de lecture, plaisir qui aurait été cent fois décuplé si la vie m'avait laissé le dévorer en une seule traite.


L'intrigue :

     Tout débute en 1815. Edmond Dantès a alors à peine vingt ans. La vie lui sourit. De retour à Marseille, Morel, l'armateur du Pharaon, lui promet le poste de capitaine dès le prochain départ du bateau. En attendant, il retrouve sa fiancée, la belle catalane, Mercédès. Seulement, ce bonheur fait des envieux. A commencer par Danglars, un collègue plus âgé que Dantès, et qui visait le poste de capitaine. Mais aussi, Fernand, amoureux de la belle Mercédès, qui crève de voir que celle-ci n'a d'yeux que pour le jeune matelot. Ces deux envieux vont alors se rencontrer et s'unir pour nuire à Edmond. Le misérable voisin Caderousse est leur complice. Le jour-même de son mariage, il est arrêté sur une dénonciation anonyme pour bonapartisme. Tout pourrait s'arrêter là si le procureur du roi, Villefort, avait pris le temps d'enquêter et de voir que cette dénonciation était fausse. Mais pour lui aussi il s'agit du jour de son mariage, il a donc d'autres chats à fouetter, et surtout, sa carrière est en plein essor. Or, dans la lettre qui lui a été remise apparaît le nom de son père, Noirtier, célèbre bonapartiste. Villefort brûle la lettre, enterre l'affaire et laisse croupir le jeune innocent au cachot du château d'If quatorze longues années, le tout dans le seul but de ne pas ébranler son ascension sociale.
Emprisonné, Edmond ne comprend pas ce qui lui arrive et finit par désespérer au point de vouloir mourir. C'est alors qu'il fait connaissance avec celui que l'on surnomme "le prisonnier fou" : l'abbé Faria. La vie va alors prendre un autre tournant pour Dantès. En 1829, il réussira à s'évader et deviendra immensément riche grâce au trésor de son compagnon de cellule. Il devient alors le comte de Monte-cristo. La vengeance sera alors sa seule raison de vivre.

Mon avis :

     Voilà un roman d'aventures digne de ce nom ! Dès les premières lignes, on ne peut plus lâcher le roman. La présentation des personnages, les dialogues qui rythment le récit, l'antipathie de Danglars à l'égard le jeune héros, Edmond Dantès, tout cela plonge le lecteur en plein coeur de l'histoire, dès les premières pages. Une histoire tristement humaine : jalousie et vengeance. Et quelle vengeance !
    Le Comte de Monte-Cristo est un excellent roman d'aventures comportant de nombreux rebondissements et des personnages hauts en couleur. Danglars, Villefort, Morcef sont des personnages horripilants une fois leur fortune acquise. Leurs femmes ne valent guère mieux : l'infidèle Mme la baronne Danglars, l'horrible Mme de Villefort bis. Seule Mercédès semble échapper à ce traitement de la part de l'auteur, tout comme les enfants : Eugénie Danglars, Valentine de Villefort et Albert de Morcef. Pourtant, à plusieurs reprises, il est marqué dans le roman que, selon la Bible, la faute des pères rejaillira sur les enfants pendant trois ou quatre générations. Effectivement, on peut le voir ainsi. Les enfants ne correspondent pas forcément aux attentes de leurs parents.
     Le personnage que j'ai le plus aimé est sans conteste celui qui occupe le devant de la scène : Dantès. D'abord le jeune héros naïf, plein d'illusions, qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Puis, sa rencontre avec l'abbé Faria . Rencontre qui va le transformer, le grandir. La rencontre entre les deux prisonniers, leur amitié, leur plan d'évasion, tout cela m'a tenue en haleine et fait passer un agréable moment de lecture. Ensuite son évasion du château d'If, sa transformation : du misérable prisonnier Edmond Dantès, il devient le richissime Comte de Monte-Cristo, du nom de l'île où se trouve le trésor de l'abbé Faria. La figure du comte de Monte-Cristo vengeur, froid , impassible, ironique parfois, quand il retrouve, en 1838, ceux qui ont précipité sa chute. Et pour finir, ce Monte-Cristo que l'on prend pour une figure divine, l'égal de Dieu, pendant ces mois de vengeance à Paris, doute de son action et retrouve ainsi une figure humaine dans les dernières pages. Un personnage inoubliable de la littérature, au même titre que Jean Valjean, par exemple.
      Un autre passage marquant du roman : celui où Monte-Cristo est présenté à Mme de Morcef, qui n'est autre que Mercédès. Moment qui fait frissonner le lecteur. On se demande si elle va, comme les autres, ne voir en lui que le comte richissime, ou si elle va reconnaître son premier amour (oserai-je dire le seul et unique ?) ? Evidemment, c'est une femme. L'instinct est là . Elle sait, mais ne dit rien. Les rares moments où Dumas fait se retrouver en tête à tête le comte et Mercédès sont dignes des grandes scènes des romans d'amour.
    
     Pour conclure, Dumas est un auteur à découvrir à tout prix. J'ai retrouvé ce plaisir déjà éprouvé lors de la lecture des Trois mousquetaires. Je ne comprends pas pourquoi il ne fait pas partie des "grands" auteurs de la littérature française. Tout au long de mes études de lettres, il n'a jamais été évoqué. Lorsque je regarde les anthologies par siècle, deux malheureuses pages lui sont consacrées, quand on en trouve une trentaine sur Hugo ou Balzac, par exemple. Il est le mal-aimé de la littérature puisque appartenant à la littérature dite "populaire". Certes, stylistiquement le roman est pauvre, mais quel énorme succès que Le Comte de Monte-Cristo, et ce dès sa parution ! Le prochain sur ma liste : La Reine Margot !
    
Le Comte de Monte-Cristo (1844-45), Alexandre Dumas
ed. Livre de poche (1547 pages).


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mercredi 5 août 2015

Ensemble, c'est tout, A.Gavalda (2004)

Quatrième de couverture :

     «Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences...» Camille dessine. Dessinait plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces quatre-là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour - appelez ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire, c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils s'aident à se relever. 



Mon avis :

     Voici un roman que j'ai lu, une fois n'est pas coutume, après avoir vu le film. En fait, j'en ai beaucoup entendu parler au moment de sa parution par mes proches. Mais comme à chaque fois qu'on me vante trop les qualités d'un livre, je m'en détourne. Je disais que je le lirai lorsque j'aurai le temps. Ce qui fait que comme toujours, ça a traîné, et le film est sorti. Bien évidemment, je l'ai regardé et . . . adoré ! Je ne voyais donc plus vraiment l'intérêt de lire le roman, sachant que j'en avais pleins d'autres à découvrir. Et avec le recul, je me dis que j'ai bien fait. Parce que là encore, j'ai lu le roman après avoir été très longtemps sans voir le film (plusieurs années). Mon souvenir était donc ancien, et malgré cela, les images du film se sont imposées. Les personnages bien sûr,  incarnés par Audrey Tautou, Guillaume Canet, Laurent Stocker et Françoise Bertin. Mais aussi de nombreuses scènes ainsi que les lieux, notamment l'appartement de Philibert. Si cela a quelque peu gêné ma lecture lors des premières pages, j'ai fini par m'y faire et peu à peu les visages des acteurs se sont effacés. Et j'ai passé un excellent moment de lecture ! 
      Il y avait bien longtemps que cela ne m'était pas arrivé. Je pouvais me plonger dans le roman pour quelques minutes seulement et être tout de suite immergée dans cet univers. Je reprenais à chaque fois le roman avec beaucoup de plaisir. Certes, cela aurait pu l'être encore davantage si ma lecture n'avait pas été entrecoupée par des pauses liées aux contraintes de la vie quotidienne et réelle ! Au total, j'ai mis deux semaines à le lire alors qu'en réalité je n'ai lu que quatre ou cinq jours.
      Toutefois, ce roman n'est pas non plus un coup de coeur, la première raison étant que l'histoire n'était pas une découverte. Il n'y avait aucune surprise, revoyant le film dans ma tête. Mais aussi et surtout parce que si l'histoire est vraiment bien et les personnages attachants, on ne peut pas dire que le style d'écriture soit de la grande littérature. L'écriture est très oralisée, du fait des nombreux dialogues entre autre. C'est d'ailleurs ce qui a permis à Claude Berry d'adapter très fidèlement le roman au cinéma. Mais, déformation professionnelle oblige, les qualités littéraires d'un roman ont une très grande importance pour moi. Il faut que j'adhère à l'histoire, mais aussi au style d'écriture.

     Pour conclure, j'ai passé un merveilleux moment en compagnie des personnages et cela faisait très longtemps que je n'avais pas été transportée à ce point par une histoire. Mais l'écriture trop oralisée, pas assez littéraire à mon goût, enlève un peu de plaisir.

Quelques passages :

"[ . . . ]Mais tu vois, si être intello ça veut dire aimer s'instruire, être curieux, attentif, admirer, s'émouvoir, essayer de comprendre comment tout ça tient debout et tenter de se coucher un peu moins con que la veille, alors oui, je le revendique totalement : non seulement je suis une intello, mais en plus je suis fière de l'être. . .Vachement fière, même . . . [ . . . ]" (p.260)

" Mieux qu'une vraie [famille] d'ailleurs, une choisie, une voulue, une pour laquelle ils s'étaient battus et qui ne leur demandait rien d'autre en échange que d'âtre heureux ensemble. Même pas heureux d'ailleurs, ils n'étaient plus si exigeants. D'être ensemble, c'est tout. Et déjà c'était inespéré." (p390)

Ensemble, c'est tout, Anna Gavalda (2004)
Ed. J'ai lu. (573 pages)

vendredi 17 juillet 2015

L'enfant de Noé, E-E. Schmitt (2004)

Quatrième de couverture :

« Nous allons conclure un marché, veux-tu ? Toi, Joseph, tu feras semblant d’être chrétien, et moi je ferai semblant d’être juif. Ce sera notre secret, le plus grand des secrets. Toi et moi pourrions mourir de trahir ce secret. Juré ?
– Juré. »
1942. Joseph a sept ans. Séparé de sa famille, il est recueilli par le père Pons, un homme simple et juste, qui ne se contente pas de sauver des vies.
Mais que tente-t-il de préserver, tel Noé, dans ce monde menacé par un déluge de violence ?
Un court et bouleversant roman dans la lignée de Monsieur Ibrahim… et d’Oscar et la dame rose qui ont fait d’Eric-Emmanuel Schmitt l’un des romanciers français les plus lus dans le monde.

 L'Enfant de Noé 

Mon avis : 

   Un récit court, agréable à lire, mais pas non plus transcendant. L'histoire est racontée du point de vue de Joseph.  On a donc accès à ses pensées, à la guerre telle qu'elle a pu être vécue par enfant juif, recueilli par un Juste. Bien entendu, Joseph, âgé de seulement sept ans, ne comprend pas tout. L'écriture est donc légère, drôle. Sa méconnaissance des différentes classes sociales, par exemple, prête à sourire lorsqu'une fois chez le comte et la comtesse, il se dit que lui aussi est peut-être noble après tout.
   De plus, autre originalité du récit, c'est que l'histoire ne se déroule pas en France mais en Belgique, tout d'abord à Bruxelles, puis dans le petit village de Chemlin, en 1942. Souvent, les romans évoquant cette période ont tendance à situer leur action dans la France occupée.
   Dans ce récit, on voit l'évolution du petit Joseph, son apprentissage du judaïsme et du catholicisme à travers sa relation amicale avec le père Pons, mais aussi le rôle important que celui-ci a joué dans sa construction en tant qu'individu.  

   Pour conclure, j'ai trouvé l'histoire beaucoup trop gentillette. Un peu comme un conte pour enfant, et par conséquent, à mon avis, un peu éloignée de ce qu'a pu être la réalité pour ces enfants-là. Alors, oui, certes, ne pas lire que des choses tragiques concernant cette période sombre de l'Histoire fait aussi du bien. Mais j'ai trouvé que la fin était un peu trop caricaturale. De plus, le dernier chapitre où il est question de la Palestine et d'Israël est de trop.
 Cette lecture ne me laissera pas de traces mémorables. J'ai préféré très largement Oscar et la dame rose, roman qui m'avait fait découvrir cet auteur il y a une petite dizaine d'années.

L'enfant de Noé, E-E.Schmitt
éd. Livre de poche (112p)

jeudi 16 juillet 2015

le Rouge et le Noir, Stendhal (1830)

    Un classique qui s'est éternisé, et dont je ne suis pas mécontente d'être venue à bout ! Commencée dans les derniers jours du mois de mai puis arrêtée, par manque de temps, les trois quart du mois de juin, voici la lecture achevée. 
     En réalité, il s'agit d'une relecture, ayant déjà lu ce classique il y a presque quinze ans. J'avais envie de me replonger dans cette histoire, gardant de bons souvenirs des moments passés en compagnie de Julien Sorel. 



 L'histoire :

    Tout commence en 1830, dans le Doubs en région Franche-Comté, dans la petite ville de Verrières. M. de Rênal, maire de la ville, veut en mettre plein la vue à ses semblables, notamment M.Vallenod. Il recherche donc un précepteur pour ses deux fils : Adolphe et Stanilas-Xavier. C'est ainsi que le jeune Julien Sorel, fils de charpentier, et se destinant à l'église, se retrouve dans la somptueuse maison de monsieur le maire. Bien évidemment, sa jeune et jolie femme, quoique de dix ans l'aînée du jeune homme, ne peut résister à son charme. Une histoire d'amour naît. Elle prend fin lorsque les rumeurs de la ville auront raison des deux amants. Julien part alors pour le séminaire à Besançon où la vie se révélera, au départ, difficile pour ce jeune ambitieux. C'est ici que s'achève la première partie. 

     Dans la deuxième partie, Julien est à Paris, à l'hôtel de La Môle. Le marquis avait besoin d'un jeune homme talentueux en guise de secrétaire. Là, Julien est plus que jamais révolté contre cette caste aristocratique qui le traite en domestique. Puis, il découvre avec plus d'attention la jeune fille de la maison, sur qui tous les regards se tournent : la belle Mathilde de la Môle. A nouveau, une histoire d'amour va naître. Julien y entrevoit la possibilité d'une ascension sociale.


Mon avis :

    C'est marrant de voir comment, quinze plus tard, les goûts changent ! Il faut dire aussi qu'il y a quinze ans, j'avais à peu près l'âge de Julien et de Mathilde de la Môle. Actuellement, mon âge est bien plus proche de celui de Mme de Rênal. C'est drôle de voir combien, à l'époque, l'histoire entre Mathilde et Julien m'avait transportée, et maintenant, combien cette histoire m'a énervée ! Combien à l'époque je trouvais son histoire avec Mme de Rênal sans "intérêt", combien maintenant elle me paraît bien plus romantique et passionnée.
   
     Si au départ, le caractère ambitieux de Julien est intéressant à étudier, je dois dire que lorsque ce trait de caractère intervient en amour, ça m'a un peu gênée, même si je ne suis pas dupe et que je sais très bien qu'à cette époque la femme était un moyen d'ascension sociale. Mais lorsqu'il souhaite séduire Mme de Rênal et qu'il réfléchit aux moyens d'y parvenir, qu'il élabore une tactique militaire en pensant à Napoléon, là je dois dire que j'ai moyennement apprécié. Il n'y a  pas de sentiments , juste le plaisir de parvenir à ses ambitions. D'ailleurs pendant plusieurs pages (assez nombreuses j'ai trouvé), ce manque d'amour de la part de Julien est présent. Quand la pauvre Mme de Rênal est déjà folle amoureuse, lui en est toujours à cette idée  trophée obtenu. 
     Toutefois, ce côté ambiteux dans l'amour n'est rien comparé à la façon dont il est exploité dans la deuxième partie. Mathilde est insupportable. C'est une petite peste, capricieuse , mijaurée, qui ne sait pas ce qu'elle veut. Immature (mais comment peut-elle ne pas l'être à son âge ?). Elle ne connaît l'amour qu'à travers des histoires romantiques dignes de contes de fées ou de Roméo et Juliette. Seulement, la vie ce n'est pas cela. Combien de fois j'ai eu envie de la secouer pour le lui expliquer ! Ce culte voué à ses ancêtres et à leur romantisme en est même ridicule. Cette histoire de Boniface de la Môle dont Marguerite de Navarre aurait gardé la tête sur ses genoux une fois décapité ! Certes, c'est beau, c'est d'ailleurs ce que j'ai dû trouvé quand j'étais jeune parce que j'adorais le personnage de Mathilde, mais Mathilde reste trop prisonnière des apparences (mais comment pourrait-elle faire autrement quand elle est issue de la noblesse ?) et croit qu'avec l'argent on peut tout avoir.

    Si j'ai bien aimé le début, c'est-à-dire toute la première partie, soit l'histoire d'amour entre Mme de Rênal et Julien, la deuxième partie m'a ennuyée. Cela dit, le fait que cette lecture ait traîné en longueur y est sûrement pour quelque chose. J'ai repris plaisir à cette histoire seulement dans les soixante dernières pages, c'est-à-dire quand il commence véritablement à y avoir de l'action, quand le personnage de Mme de Rênal est de retour.

Pour conclure, je suis contente d'avoir relu ce classique, même si je n'ai pas retrouvé le plaisir de lecture initial. Les personnages m'ont quelque peu ennuyée, exaspérée. En fait, je crois que je suis à une période de ma vie où les grandes histoires d'amour bien romantiques à souhait (parce que c'est le cas ici, même si mon billet ne donne pas cette impression) m'ennuient. La vie est autre. Ni meilleure, ni pire. Autre. 
   De plus, l'écriture de Stendhal ne m'a pas emportée. Par moments, certaines phrases étaient même obscures. Autant, j'ai beaucoup de plaisir avec d'autres auteurs classiques (Flaubert, Maupassant, Zola pour ne citer qu'eux), autant par moments je trouve que Stendhal écrit mal (c'est un peu prétentieux d'écrire cela, j'en conviens). Enfin, un dernier aspect du roman dont je n'ai pas parlé : ce roman montre bien que de tout temps l'apparence est ce qui compte le plus dans la société, que l'homme est avide d'ambition, et que les hommes d'église n'échappent pas à cela. J'y vois comme une critique de la religion. Non pas de Dieu en tant que tel, mais de ce que les hommes en ont fait.

Citation :
"Eh, Monsieur, un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l'azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route. Et l'homme qui porte le miroir dans sa hotte sera par vous accusé d'être immoral ! Son miroir montre la fange, et vous accusez le miroir ! Accusez bien plutôt le grand chemin où est le bourbier, et plus encore l'inspecteur des routes qui laisse l'eau croupir et le bourbier se former." (p.406)

Le Rouge et le Noir, Stendhal (1830)
Ed. Pocket 1990 (550p)

Challenge 2015 C'est ici

vendredi 10 juillet 2015

Harry Potter à l'école des sorcières (tome 1)


    Harry Potter. Tout le monde connaît. Je ne le présente pas. 
    Depuis quelques mois, je ne cesse de le croiser sur mon chemin : au détour de conversations sur divers fora, par exemple ; en apprenant l'existence d'une exposition qui lui est consacrée à Paris ; en offrant les DVD à mon conjoint à Noël, etc. J'ai donc eu envie de me (re)plonger dans ses aventures. Le premier volume se trouve dans ma bibliothèque depuis plus de quinze ans. Je l'ai même en double puisque j'en ai reçu un exemplaire gratuit il y a quelques années. Seulement voilà . Malgré plusieurs tentatives, je n'avais jamais réussi à dépasser les premières pages. Pourtant, j'avais vu le film plusieurs fois et j'avais adoré. Mais voilà, le roman c'était une autre affaire. J'ai lu les derniers tomes, mais le premier, rien à faire : il me tombait systématiquement des mains !  J'avais fini par laisser tomber, me disant que ce n'était pas bien grave.

    Dix ans plus tard, après avoir (en partie) désacralisé la lecture et les livres (Ah ! que de dégâts provoqués par des études de lettres et ce fichu CAPES !! ), c'est avec un réel plaisir que je me suis plongée dans les premières aventures du célèbre sorcier. 
   Tout l'univers se met en place. Son horrible famille (l'oncle Vernon, la tante Petunia et leur teigne de fils Dudley), l'existence des Moldus, les passages secrets en plein coeur de Londres, la banque Gringotts tenue par des Gobelins, Hagrid, la famille Weasley, la petite peste d'Hermione Granger (oui, il faut appeler un chat un chat : c'est une véritable peste au début de l'histoire), le professeur Rogue, le quidditch, le choixpeau, les différentes maisons (notamment Serpentard et Gryffondor), les créatures fabuleuses (licornes, dragons, centaures...), le vol des hiboux, Albus Dumbledore (qui n'a qu'un rôle assez mineur dans ce premier volume), l'horrible Drago Malefoy et ses acolytes, Touffu le chien à trois têtes, la pierre philosophale, et bien-sûr Vous-Savez-Qui : Voldemort. Tout l'univers du château de Poudlard se met donc tranquillement en place pour notre plus grand bonheur.  

    Néanmoins, j'émettrai une seule réserve. Les aventures débutent lorsque Harry a onze ans. Sincèrement, je ne vois pas comment un enfant de cet âge pourrait avoir autant de maturité. L'âge n'est pas, à mon avis, crédible. Tout au long du premier tome, les personnages principaux (Harry, Ron et Hermione) paraissent avoir au moins cinq de plus. Autant on perçoit bien le côté enfantin de Neville ou Malefoy, autant pour les autres, c'est plus discutable.

Mon défi personnel cet été : (re)lire toutes les aventures du célèbre sorcier !

Et pour le plaisir, une citation :

"Ça ne fait pas grand bien de s'installer dans les rêves en oubliant de vivre, souviens-toi de ça." (p.164)


Harry Potter à l'école des sorciers, J.K. Rowling (1998)
ed. Gallimard, (232 p)

jeudi 9 juillet 2015

Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé (2004)

    Voici un roman acheté il y aura bientôt quatre ans et lu seulement maintenant. Roman dont j'ai par ailleurs beaucoup entendu parlé depuis dix ans (?), depuis sa parution, quoi. Pourquoi ne pas l'avoir lu avant ? Question à laquelle je ne saurai apporter de réponse. Pourquoi maintenant ? Peut-être parce que je cherche à varier les oeuvres que je fais étudier aux 3e, et que je me suis demandé si celle-ci pouvait être intéressante. Concernant, le fait de l'étudier en classe, la réponse est non : trop difficile à lire pour mes "cul-terreux" pour le coup ! Ce qualificatif n'est choisi ni par hasard, ni pour dénigrer les élèves. C'est juste celui employé tout au long du roman pour désigner les habitants de Montepuccio.


    L'histoire s'étend sur un peu plus d'un siècle. Le roman débute en 1875 et se termine dans les années 1980. On suit donc les différentes générations de la famille Scorta, résidant le petit village de Montepuccio, dans la région des Pouilles au sud de l'Italie.

    Tout commence en 1875. Le bandit Luciano Mascalzone revient au village après avoir purgé une peine de plus de quinze ans. Il revient avec pour seule obsession de posséder Filomena Biscotti. Et ce, peu importe ce que cela lui en coûte. Il sait que la mort en sera la conséquence, que les villageois se vengeront. Chose faite. Ils le lapident. Mais avant de mourir, Luciano Mascalzone comprend une chose : ce n'est pas Filomena qu'il a possédée, mais sa soeur cadette, Immacolata. De ce viol nait Rocco. La jeune femme meurt peu de jours après. Afin d'échapper à la malveillance des habitants, le curé envoie Rocco dans un village voisin. Il sera recueilli par une famille de pêcheurs : les Scorta. Ainsi nait la lignée des Scorta Mascalzone. 

    Adulte, Rocco suit les traces de son père. Il terrorise, pille, tue les habitants. Et ce jusqu'à son mariage avec la Muette. De cette union, naissent trois enfants : Domenico, Giuseppe et Carmela. C'est leur histoire que le roman s'attache à raconter, plus précisément celle de la lignée de la soeur Carmela. 

     On traverse ainsi quasiment tout le XXeme siècle. De la naissance de ces trois enfants dans les années 1910, en passant par leur aventure avortée aux Etats-Unis à la fin des années 20, puis par le départ du mari de Carmela pour la guerre d'Espagne en 1936 la laissant seule avec ses deux fils, Elia et Donato, la fin de la 2nde guerre mondiale avec l'arrivée du père don Salvatore, le mariage d'Elia dans les années 60, le tremblement de terre en 1980, et enfin la procession de Sant'Elia, la fête patronale durant laquelle, Anna, la fille d'Elia, est mise au courant de toute l'histoire familiale. Une histoire riche et tragique.


Mon avis :

     Je ne connaissais Laurent Gaudé que de nom. Ce roman est une première plongée dans l'univers de cet auteur. Univers que je continuerai d'explorer. J'ai beaucoup aimé son écriture. Elle plonge le lecteur dans la sécheresse, l'aridité des terres du sud de l'Italie. Le soleil est présent, et j'avoue que de l'avoir lu dans ma chaise longue, sous un soleil de plomb, m'a permis de bien rentrer dans l'histoire. Le tragique de cette famille est par moments émouvant. Certains passages m'ont serré la gorge. Un roman que je recommande fortement.

Extrait :

"Il n'y a qu'au dernier jour de sa vie que l'on peut dire si l'on a été heureux, dit-il. Avant cela, il faut tenter de mener sa barque du mieux qu'on peut. Suis ton chemin, Elia. Et c'est tout.
-- Qui ne mène nulle part, murmura Elia qui pensait très fort à Maria.
-- Ça, c'est autre chose. C'est autre chose et si tu n'y remédies pas, tu seras coupable.
-- Coupable de quoi ? Maudit, oui !
-- Coupable, reprit don Salvatore, de n'avoir pas mené ta vie au plus haut point qu'elle pouvait atteindre. Oublie la chance. Oublie le sort. Et force-toi, Elia. Force-toi. Jusqu'au bout. Car pour l'heure, tu n'as rien fait." (p.174)

Le Soleil des Scorta, Laurent Gaudé
Ed. J'ai lu (2004), 249p.

lundi 25 mai 2015

Comme un roman, Daniel Pennac

     Depuis quelque temps, un besoin inconnu jusque-là s'abat sur moi : une envie de relecture ! Ça ne m'était jamais arrivé. Je me suis toujours dit qu'il y avait tellement de romans à découvrir que je n'allais pas "perdre mon temps" à relire une histoire que je connaissais déjà. Finalement, j'ai redécouvert, en mars, Madame Bovary, presque quinze ans après l'avoir lu une première fois et, depuis hier soir, je retrouve, treize ans après notre première rencontre, Julien Sorel et Mme de Rênal (Le Rouge et le Noir). 

     Entre deux, j'ai lu quelques romans contemporains, mais qui ne m'ont pas enthousiasmée, loin de là. La preuve : je ne les ai même pas chroniqués. Il s'agit de Les Débutantes de J.Courtney Sullivan et de Nos étoiles contraires de John Green. Deux romans pourtant primés.

     Grâce à Livraddict, j'ai eu envie de me replonger dans Comme un roman de Daniel Pennac, petit essai qui allait me permettre, assurément, de me remettre en selle après ces deux "échecs". L'ayant lu d'une traite la première fois, il y a trois ans, j'ai savouré cette deuxième lecture en picorant quelques pages par-ci par-là. Du pur bonheur.


     Que dire de cette lecture, mise à part qu'elle permet de réfléchir à notre pratique de lecteur et, en ce qui me concerne, à ma pratique enseignante ? C'est déjà beaucoup pour un livre, sachant, comme le rappelle Pennac, qu'un roman est d'abord là pour nous raconter une histoire et non pour qu'on le commente.

         Dans la première partie intitulée "Naissance de l'alchimiste", Pennac dresse le portrait d'un ado enfermé dans sa chambre, obligé qu'il est de lire pour l'école. Cet ado, bien évidemment, n'aime pas lire ! Il cherche donc toutes les stratégies possibles pour donner l'impression qu'il a lu le dit roman, sans bien sûr se taper ce pavé. Pourtant, enfant, il aimait lire ! il aimait qu'on lui raconte une histoire avant de s'endormir. Il avait même hâte d'apprendre à lire ! Que s'est-il donc passé ? Les parents désignent la télé comme coupable. Mais est-ce la seule responsable ?

         Puis, dans la deuxième partie, "Il faut lire (le dogme)",  Pennac évoque le rôle de l'école dans le désintérêt de l'ado pour la lecture. Il désigne comme responsables les professeurs de français et leurs méthodes analytiques, leurs grilles de lecture, leurs sempiternelles questions afin de vérifier si l'élève a bien compris ce qu'il a lu. Pennac rappelle que quand l'élève était petit, qu'il ne savait pas lire, on ne l'embêtait pas avec des questions. La lecture était gratuite. On ne demandait rien en échange. C'était une lecture cadeau. c'est la clé pour réconcilier l'élève avec la lecture. Il faut le faire redevenir le petit enfant qui aimait qu'on lui raconte une histoire avant de s'endormir, sans rien attendre en échange. C'est ce qu'il développe dans la troisième partie intitulée "Donner à lire".

         Enfin, les dix droits du lecteurs sont listés et expliqués dans "Le qu'en-lira-t-on (ou les droits imprescriptibles du lecteur)".

    1. Le droit de ne pas lire.
    2. Le droit de sauter des pages.
    3. Le droit de ne pas finir un livre.
    4. Le droit de relire.
    5. Le droit de lire n'importe quoi.
    6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
    7. Le droit de lire n'importe où.
    8. Le droit de grapiller.
    9. Le droit de lire à haute voix.
    10. Le droit de nous taire.  
     Pour conclure, cette (re)lecture fut à nouveau un coup de coeur. Elle amène à réfléchir à notre propre relation aux livres et à la lecture, ainsi qu'au rôle de l'école, et plus particulièrement à celui du professeur de français, dans la discorde entre l'ado et la lecture.

    Quelques citations :
    "Le verbe lire ne supporte pas l'impératif." (p.13)

    "Il est, d'entrée de jeu, le bon lecteur qu'il restera si les adultes qui l'entourent nourrissent son enthousiasme au lieu de se prouver leur compétence, stimulent son désir d'apprendre avant de lui imposer le devoir de réciter, l'accompagnent dans son effort sans se contenter de l'attendre au tournant, consentent à perdre des soirées au lieu de chercher à gagner du temps, font vibrer le présent sans brandir la menace de l'avenir, se refusent de changer en corvée ce qui était un plaisir, entretiennent ce plaisir jusqu'à ce qu'il s'en fasse un devoir, fondent ce devoir sur la gratuité de tout apprentissage culturel, et retrouvent eux-mêmes le plaisir de cette gratuité." (p.62)

    " Il faut lire, il faut lire...
    Et si, au lieu d'exiger la lecture le professeur décidait soudain de partager son propre bonheur de lire ?
    Le bonheur de lire ? Qu'est-ce que c'est que ça, le bonheur de lire ?
    Questions qui supposent un fameux retour sur soi, en effet !" (p.90)

    "Une lecture bien menée sauve de tout, y compris de soi-même." (p.91)

     

     Daniel Pennac, Comme un roman (1992)
    ed. Folio (198p) 

    dimanche 10 mai 2015

    Culture littéraire...

         Un article qui ne sert pas à grand chose mis à part à assouvir mon énième besoin de faire une liste. Oui, j'ai un problème avec les listes. Je ne cesse d'en faire. Ça a ses avantages : c'est stimulant, ça permet de voir où on en est, ce qui a été fait et reste à faire. Mais ça a aussi un inconvénient : ça peut mettre un peu (beaucoup ?) de pression et bloquer. Comme l'inconvénient avait tendance à l'emporter sur les avantages, j'avais réussi à me maîtriser pendant un temps ...... puis, chasser le naturel, il revient au galop ! Voici donc une énième liste !

         Depuis quelque temps, j'ai envie (besoin?) d'enrichir ma culture littéraire que je sens s'étioler au fil des ans. L'inscription au challenge "Un classique par mois" résulte d'ailleurs de cela et m'a permis de renouer avec cette grande littérature que j'affectionne particulièrement. Toutefois, quand je vois la longue liste de tous ceux que je n'ai pas lus, je me dis que je n'aurais jamais assez de toute une vie pour lire ! Alors, comme j'ai tendance à voir le verre à moitié vide plutôt qu'à moitié plein, une petite liste de tous les classiques lus depuis l'adolescence me permettrait sûrement de voir le verre à moitié plein lors des moments de mésestime de soi (oui, parce que j'ai une tendance au complexe d'infériorité, et la culture littéraire ne serait pas si importante si je n'en avais pas besoin tous les jours dans ma vie professionnelle). Et maintenant, assez de blabla : place à la liste !

    MOYEN-AGE :
    • La Chanson de Roland
    • Tristan et Iseut
    • La Farce de maître Pathelin
    • Chrétien de Troye : Yvain ou le chevalier au lion
    • Rutebeuf : Le miracle de Théophile, La Complainte de Rutebeuf
    • Christine de Pizan : Le chemin de longue étude
    • La Suite du Roman de Merlin
    • La Queste del saint Graal

    XVIe :
    • Rabelais : Gargantua

    XVIIe :
    • Le cardinal de Retz : j'ai lu une partie de ses Mémoires lors de mes études. Je dois dire que je n'ai pas accroché. Trop jeune sûrement. Peut-être que si je reprenais maintenant, la lecture serait moins fastidieuse.
    • Corneille : Le Cid, L'Illusion comique.
    • Guilleragues : Lettres d'un religieuse portugaise.
    • La Fontaine : Les livres VII à XII des fables.
    • Mme de Sévigné : Quelques lettres.
    • Molière : Le Tartuffe, Le Misanthrope, Les Fourberies de Scapin , Les précieuses ridicules, Le Malade imaginaire, Dom Juan, L'Impromptu de Versailles, Amphitryon, Le Bourgeois gentilhomme.
    • Perrault : Contes de ma mère l'oye.
    • Racine : Andromaque, Phèdre.
    • Tristan L'Hermite : Le page disgrâcié. 

    XVIIIe :
    • L'Abbé Prévost : Manon Lescault.
    • Beaumarchais : Le Barbier de Séville, Le Mariage de Figaro.
    • Bernardin de Saint-Pierre : Paul et Virginie.
    • Choderlos de Laclos : Les Liaisons dangereuses
    • Diderot : La Religieuse.
    • Marivaux : La Vie de Marianne, L'île des esclaves, Les Fausses confidences, Le jeu de l'amour et du hasard.
    • Montesquieu : Lettres persanes.
    • RousseauDu Contrat social (programme de philo), les livres I à VI des Confessions (programme du bac de français), Julie ou la nouvelle Héloïse. J'ai débuté à plusieurs reprises Les rêveries du promeneur solitaire sans jamais pouvoir aller jusqu'au bout.
    • Voltaire : Candide, Micromegas.

    XIXe :
    • Balzac : La peau de chagrin, Le colonel Chabert, Le père Goriot, Le lys dans la vallée, Illusions perdues, Une ténébreuse affaire
    • Baudelaire : Les Fleurs du Mal
    • Benjamin Constant : Adolphe
    • Chateaubriand : Mémoires de ma vie 
    • Dumas : Les Trois mousquetaires
    • Flaubert : L'Education sentimentale (lu deux fois), Mme Bovary (lu également deux fois), 
    • Gautier : La Cafetière
    • Hugo : Notre Dame de Paris, Ruy Blas,  
    • Jarry : Ubu roi
    • Maupassant : Quelques contes, Une Vie, Le Horla, Pierre et Jean
    • Musset : La confession d'un enfant du siècle, Les caprices de Marianne, On ne badine pas avec l'amour.
    • G.Sand : François le Champi (lu quand j'étais au collège, je n'en ai aucun souvenir, à part celui de l'avoir lu)
    • Stendhal : Le Rouge et le Noir, Lucien Leuwen.
    • Verlaine : Fêtes galantes 
    • Villiers de l'Isle Adam : L'Eve future
    • Zola : La Fortune des Rougon, L'Assomoir, Nantas, L'Oeuvre, Thérèse Raquin.

    XXe :
    • Ajar : La vie devant soi
    • Alain Fournier : Le Grand Meaulnes.
    • Anouilh : Antigone 
    • Bazin : Vipère au poing.
    • Beckett : En attendant Godot
    • Camus : La Peste, L'Etranger
    • Céline : Voyage au bout de la nuit.
    • Genet : Les Bonnes
    • Gide : Les Faux-Monnayeurs
    • Giraudoux : La Guerre de Troie n'aura pas lieu, Electre
    • Ionesco : La Cantatrice chauve, La Leçon  
    • Pérec : W ou le souvenir d'enfance 
    • Proust : A l'ombre des jeunes filles en fleurs.
    • Queneau : Zazie dans le métro, Les Fleurs bleues. 
    • Radiguet : Le diable au corps 
    • Saint-Exupéry : Le Petit Prince 
    • Sarraute : Le Planétarium
    • Sartre : Huis-clos, La Nausée   
     AUTEURS ETRANGERS :
    • J.Austen : Orgueils et Préjugés
    • C.Bronté : Jane Eyre
    • E.Bronté : Les Hauts de Hurlevent.
    • I.Calvino : Le Baron perché.
    • Casanova : Histoire de ma vie. 
    • G.Orwell : La Ferme des animaux.
    • Shakespeare : Roméo et Juliette, Hamlet, Othello.
    • Stevenson : L'île au trésor.
    • Wells : L'île du docteur Moreau.
    • O.Wilde : Le Portrait de Dorian Gray
     

    mercredi 22 avril 2015

    Vipère au poing, Hervé Bazin (1948)



        Folcoche, Brasse-bouillon, Chiffe, Cropette. Ces noms ne vous disent rien ? Ce sont les personnages du roman de Hervé Bazin, Vipère au poing. Roman qui attendait sagement depuis quelques mois (années ?) que je lui fasse prendre l'air. C'est chose faite, pour mon plus grand plaisir.

         Jean Rezeau (alias Brasse-Bouillon), le narrateur, une fois adulte, raconte  son enfance au manoir de La Belle-Angerie. Enfance tout d'abord heureuse auprès de sa grand-mère et de son frère Ferdinand (alias Frédie ou Chiffe) jusqu'à la mort de celle-ci. Jean a alors 8 ans. 

    "Grand-mère mourut. Ma mère parut.
                               Et ce récit devient drame." (p.25)

         Drame, en effet, et ce dans tous les sens du terme. Evénement violent et tragique : comment une mère peut-elle détester ses enfants à ce point ? Mais drame aussi au sens théâtral du terme. Le narrateur décide de présenter cette histoire sous forme de scènes, de tableaux dignes du théâtre.

    L'histoire :

         Jean et Ferdinand sont élevés par leur grand-mère, dans le Craonnais, près de Angers. Leurs parents vivent en Chine depuis de nombreuses années. En vérité, ils ne les connaissent pas. Au décès de leur grand-mère, la famille envoie un télégramme aux parents (nous sommes en 1924) pour les informer de la nouvelle et leur demander de revenir en France. Chose qu'ils feront au bout de huit mois  seulement ! 
         Les enfants sont heureux de voir ces parents, et surtout cette mère, qu'ils ne connaissent pas. Une dame du village leur avait dit qu'une mère c'était bien mieux qu'une grand-mère ! C'est donc tout excités qu'ils attendent l'arrivée de leur parents et de leur jeune frère, Marcel (alias Cropette) qu'ils n'avaient jamais vu, celui-ci étant né en Chine. A peine Mme Rezeau est-elle descendue du train qu'ils se jettent à ses jambes et reçoivent, chacun, en échange de cet élan d'affection, une gifle magistrale. Le ton est donné. La guerre est déclarée.

         "On m'a dit cent fois qu'elle avait été belle. Je vous autorise à le croire, malgré ses grandes oreilles, ses cheveux secs, sa bouche serrée et ce bas de visage agressif qui faisait dire à Frédie, toujours fertile en mots : 
         "Dès qu'elle ouvre la bouche, j'ai l'impression de recevoir un coup de pied au cul. ce n'est pas étonnant, avec ce menton en galoche."
         Outre notre éducation, Mme Rezeau aura une grande passion : les timbres. Outre ses enfants, je ne lui connaîtrai que deux ennemis : les mites et les épinards. Je ne crois rien pouvoir ajouter à ce tableau, sinon qu'elle avait de larges mains et de larges pieds, dont elle savait se servir." (p.32)

         L'histoire commence alors que Jean n'a que huit ans et se termine lorsqu'il approche des seize ans. Pendant tout ce temps, une guerre sans merci a lieu sous le toit de la Belle-Angerie. Tout y passe. Des simples mesquineries à la tentative d'assassinat ! Les fils comme la mère tentent de s'empoisonner mutuellement ! On rit car la façon dont tout cela est raconté s'y prête, bien que cela soit tragique. Pendant ce temps, les prêtres qui font office de précepteurs défilent. A la fin du roman, c'est BVII qui officie. Les Rezeau appartiennent à la bourgeoisie. Le père, une fois en France, ne travaille pas. Ils vivent de leurs rentes. Les enfants ne vont pas au collège.

         Si le récit est raconté du point de vue de Brasse-Bouillon qui hait sa génitrice, le lecteur ne tarde pas à voir qu'en réalité celui-ci est bien le digne fils de sa mère. Des trois enfants, c'est lui qui se rapproche le plus de Folchoche (dérivé de "folle" et de "cochonne"), physiquement et moralement. Réalité que le narrateur admet lui même à la fin de son récit : "Folcoche est comme moi." (p231).

    "L'homme doit vivre seul. Aimer, c'est s'abdiquer. Haïr, c'est s'affirmer. Je suis, je vis, j'attaque, je détruis. Je pense, donc je contrdis. Toute autre vie menace un peu la mienne, ne serait-ce qu'en respirant une part de mon oxygène. Je ne suis solidaire que de moi-même." (p.236).

         Pour conclure, un petit classique du XXème siècle qui fut une belle découverte. Si je connaissais vaguement l'histoire pour avoir vu le film avec Alice Sapritch étant petite, c'est avec un réel plaisir que j'ai lu ce roman.

    Vipère au poing, Hervé Bazin (1948)
    Ed. Livre de poche (230 p)

    Challenge 2015
    C'est ici

    vendredi 17 avril 2015

    Ma Pile à Lire ou PAL

       PAL. Quel vilain mot pour désigner les lectures qui font envie. Je m'étais promis de ne pas en faire. Et pourtant, j'adore faire des listes ! Mais là, en terme de lecture, je voulais rester du côté du plaisir et non de l'obligation. Pour moi, PAL = liste = choses à faire. Et puis, voilà, je cède finalement à cette tendance. Je me dis que ça me permettra peut-être de mieux voir où j'en suis, de voir l'avancée de mes lectures, notamment concernant les classiques. 

    Vendredi 17 avril 2015 :

    CLASSIQUES :

    1. Homère, L'Odyssée.
    2. Ovide, Les Métamorphoses.
    3. Rabelais, Gargantua.
    4. Madame de Sévigné, Lettres.
    5. Diderot, Jacques le fataliste.
    6. Dickens, Oliver Twist.
    7. Maupassant, Bel-ami.
    8. Zola, La Curée
    9. Nana ;
    10. Pour une nuit d'amour ;
    11. Comment on se marie ;
    12. La Bête humaine
    13. Germinal.
    14. Vallée, L'Enfant.
    15. Hugo, Les Misérables.
    16. Claude Gueux.
    17. Dumas, Pauline.
    18. Balzac, La Duchesse de Langeais.
    19. La Fille aux yeux d'or.
    20. Barbey d'Aurevilly, Les Diaboliques ;
    21.  L'Ensorcelée
    22. Une histoire sans nom ; 
    23. Le chevalier des Touches.
    24. Tolstoi, Anna Karenine.
    25. Cocteau, Les Enfants terribles.
    26. Proust, Du côté de chez Swann.
    27. Aymé, Le Passe-Muraille.
    28. Butor, La modification.
    29. Gary, Clair de femme
    30. La Promesse de l'aube.
    31. Sartre, Les Mots.
    32. Orwell, 1984.
    33. Vian, L'Ecume des jours.
    34. Bazin, Vipère au poing. 21.04.15
    35. Rostand, Cyrano de Bergerac.
    36. Musset, Lorenzaccio
    CONTEMPORAINS : 
    1. Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit.
    2. Chedid, L'enfant multiple
    3. Le Message.
    4. Benameur, Les Demeurées.
    5. Zafon, L'Ombre du vent.
    6. Courtney Sullivan, Les débutantes. Fin avril 2015
    7. Guenassia, Le Club des incorrigibles optimistes.
    8. Grimbert, La Petite robe de Paul.
    9. Claudel, L'Enquête.
    10. Deghelt, La Grand-mère de Jade.
    11. Süskind, Le Parfum.
    12. Kundera, L'Insoutenable légèreté de l'être.
    13. Camera Laye, L'Enfant noir.
    14. V.Valère, Obsession blanche.
    15. Salinger, L'Attrappe coeur.
    16. M.Enard, Zone.
    17. Manguel, Une histoire de la lecture.
    18. Zweig, La confusion des sentiments.
    19. Leonara Miano, La Saison de l'ombre.
    20. Gaudé, Le soleil des Scorta. 06.07/08.07.15
    21. Lafon, Les Pays.
    22. Ferney, Les Autres.
    POLICIERS :
    1. A.Christie, 10 Petits nègres.
    2. Eco, Le nom de la rose.
    3. Larson, Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes.
    Ça fait quand même une petite liste . En tout cas, rien que d'écrire tous ces titres, ça donne envie de se plonger dans la lecture !

    lundi 6 avril 2015

    Le Premier été, Anne Percin (2011)

    https://litterama.files.wordpress.com/2013/12/anne-percin-31.jpg 

    L'histoire :
       Deux soeurs, Catherine et Angélique, âgées d'environ 31 et 33 ans, vident la maison de leurs défunts grands-parents. A cette occasion, Catherine décide de révéler à sa soeur le terrible secret qui la dévore intérieurement depuis quinze longues années.
        Nous voici donc plongés au début des années 90. Les deux soeurs, très complices par leur peu d'écart d'âge (seulement 18 mois), vivent à Nancy. Chaque année, depuis leur plus tendre enfance, elles passent l'été  chez leurs grands-parents, dans la campagne vosgienne. Cet été-là, Catherine a seize ans, Angélique presque dix-huit. C'est l'âge des premiers émois amoureux.
       Tous les après-midi, elles vont à la piscine municipale avec les jeunes du village. Cet été-là, à la piscine, il y a aussi les "colons", ceux qui font partie de la colonie de vacances. Parmi eux, il y a Xavier, un grand roux, un peu frimeur, avec qui Angélique vivra un amour de vacances. Amour qui la fera délaisser sa soeur. Catherine ne s'impose pas, de toute façon, Xavier lui déplaît. Elle ne comprend vraiment pas ce que lui trouve sa soeur.
      Un après-midi, au lieu d'accompagner sa soeur à la piscine, elle part seule arpenter la campagne vosgienne en plein soleil. Elle emprunte une route qu'elle ne connaît pas et elle débouche sur une merveille. Un petit bijou de la nature. Une chose d'une beauté extraordinaire s'offre à elle seule, à son seul regard. Un garçon de son âge environ, allongé dans l'herbe, profite du soleil et de la fraîcheur de la rivière. Nu. Entièrement nu. Catherine n'en revient pas. Cachée derrière les hautes herbes, elle ne peut détourner le regard de ce bel Apollon.
       Quelques jours plus tard, le bel inconnu reparaît au village. Le coeur de la jeune fille bat la chamade. Elle est amoureuse. Elle ne le connaît pas, ne lui a jamais parlé, mais elle éprouve une très grande attirance à son égard. Une histoire d'amour aura bien lieu (mais je ne vais pas tout dévoiler), une belle histoire. Seulement, la jeune fille n'a encore aucune idée de qui est ce jeune homme. Lorsqu'elle le découvrira, la réalité sera tout autre. Sa vie basculera et l'empêchera de devenir une jeune femme "épanouie".

    Mon avis :
       Un petit bijou de littérature jeunesse que je n'ai pas pu refermer avant de la fin ! J'ai vécu les aventures de Catherine à ses côtés. Peut-être que l'âge auquel elle raconte cet épisode a permis l'identification, puisque c'est sensiblement le même que le mien. En me plongeant au coeur des années 90 et de l'adolescence de Catherine, c'est ma propre adolescence que j'ai revisitée. On suit l'histoire au rythme des Rita Mitsouko avec "Marcia Baila", de Etienne Daho avec "Tomber pour la France", de la chanson "Forever Young". On  revit l'époque des "boums", du jus d'orange Tang, des OK ! Podium. Bref, un retour en arrière qui n'est pas pour déplaire.
       Catherine vit l'été de ses 16 ans accompagnée du roman de Alain-Fournier, Le Grand-Meaulnes, ce qui n'est sans doute pas un hasard. Il y a des similitudes entre le parcours de Catherine et celui de Meaulnes.
       Mais surtout c'est beau et violent à la fois. Beau, magique, digne du roman d'Alain-Fournier pour ce qui est de la découverte du bel Apollon dénudé au bord de la rivière. Ce n'est pas sans  rappeler l'épisode merveilleux de la fête au château vécu par Meaulnes. Violent, cruel, comme peuvent l'être les réactions humaines, surtout celles d'ados de 16 ans qui se retrouvent en groupe. Seize ans, c'est l'âge des apparences. On n'affirme pas encore vraiment qui on est, ce qu'on pense au plus profond de nous. On s'écrase pour faire comme les autres. Être accepté par eux, c'est ça le plus important. Quitte à le regretter ensuite. Pendant quinze ans. Et peut-être même jusqu'à la fin de sa vie. J'ai eu beaucoup de mal à ne pas verser quelques larmes une fois le livre refermé.

    Anne Percin, Le Premier été (2011)
    Ed. Rouergue (163p).

    samedi 21 mars 2015

    Madame Bovary, G.Flaubert (1856)

         Pendant les vacances, l'envie de lire, disons plutôt de relire, des classiques est apparue. J'avais pourtant tout une pile de livres contemporains qui attendaient sagement sur mes étagères. Mais l'humeur classique ne se décide pas. Elle est. Puis, je venais de lire la préface de Une autre histoire de la littérature de J.d'Ormesson, et je suis tombée sur cette phrase : "Le grand, peut-être le seul, inconvénient des livres nouveaux, c'est qu'ils empêchent, par leur nombre, de lire les livres anciens - dont on est sûr qu'ils sont bons, puisque les mauvais sont tombés dans la trappe de l'oubli."  
         Il y a encore tout un tas de classiques qui me sont inconnus, mais j'étais d'humeur à en redécouvrir un que j'avais lu dans mon jeune temps (non pas que je sois vieille, 33 ans, autant dire que mon jeune temps était hier !). Un problème s'est alors posé. Lequel de ces classiques, qui m'avaient enthousiasmée ado, allais-je relire ? Le Rouge et le Noir ? Les Hauts de Hurlevent ? Jane Eyre ? Illusions perdues ? L'Education sentimentale ? Une vie ? ou Madame Bovary ? Autant dire que la liste était assez longue et que je ne pouvais pas tous les relire en même temps.
         Finalement, mon choix s'est porté sur Flaubert et son célèbre personnage. Pourquoi ce roman-ci plus que les autres (que je relirai, c'est une évidence !) ? Disons que le fait qu'il soit au programme de Terminale L cette année a fortement fait pencher la balance en sa faveur.

    L'histoire est tellement connue que je la présenterai dans les grandes lignes seulement.
       Le premier chapitre présente le personnage de Charles Bovary, ce qui est surprenant dans le sens où l'on s'attendrait plutôt à une présentation du personnage principal, éponyme. Mais, le personnage d'Emma, celui qui intéresse le lecteur, ne se fait pas trop attendre non plus puisqu'il arrive dès le deuxième chapitre.
       Charles est présenté d'emblée comme un homme ordinaire, tristement banal. On est loin de la description du prince charmant ! Enfant, il est la risée de la classe ; étudiant, il ne comprend rien à ses études de médecine, finit par sécher les cours par paresse, préférant les cabarets, et échoue à l'examen. On est donc loin de la présentation du super-héros auquel rêvent les femmes. Puis, il se marie pensant vivre une vie meilleure, mais c'est tout le contraire qui se passe. Il est dominé, sa femme est le maître. Bref, je n'irai pas jusqu'à le qualifier de "pauvre type", mais il faut quand même reconnaître qu'il est loin d'avoir du charisme ce pauvre  Charles !

       Puis, au deuxième chapitre, il doit partir soigner un paysan loin dans la campagne. Le père Rouault vit seul avec sa fille, Emma, élevée au couvent, chez les Ursulines et qui avait, par conséquent, reçu "une belle éducation" (p.75). Charles, une fois veuf (c'est-à-dire très rapidement, dès la fin du deuxième chapitre), tombe sous le charme de la jeune fille et la demande en mariage. Elle accepte, mais les trop nombreuses lectures faites au couvent lui ont rempli l'esprit d'une vision trop idéalisée de l'amour. Or, avec Charles, on est loin du prince charmant ! Très vite, elle devient insatisfaite. Elle est confrontée à la dure réalité du quotidien, ce qui ne coïncide pas le moins du monde avec l'idée de l'amour qu'elle s'était faite. Et en tant qu'éternelle insatisfaite, elle s'imagine que l'herbe est plus verte ailleurs. Elle sombre tout d'abord dans un état de dépression qui oblige Charles à déménager. Car celui-ci se mettrait en quatre pour la rendre heureuse ! Adieu Toste donc, et nouveau départ à Yonville. Emma reprend des forces, ce qui est très certainement dû à l'attrait de la nouveauté. Mais très vite, elle est de nouveau insatisfaite.
       Assez rapidement, elle tombe sous le charme de M.Léon, attirance réciproque d'ailleurs. Mais Emma joue aux saintes-nitouche ! Léon , ravagé par son amour pour la belle quitte Yonville pour Paris.
       Emma s'en remet finalement très vite et tombe sous le charme de Rodolphe. Une histoire romanesque comme Emma les aime. Une histoire qui durera deux ans. Jusqu'à ce que Rodolphe, en goujat qu'il est, et ça le lecteur le sait dès le départ puisqu'il avait tout prévu pour la mettre dans son lit rapidement, la quitte lâchement. Emma sombre alors à nouveau dans la dépression.
       Mais c'est sans compter sur le retour de Léon ! Cette fois, Emma n'est plus la sainte-nitouche que le jeune homme a connue. Elle devient très rapidement sa maîtresse.

       Et pendant toutes ces années, le pauvre Charles, aveuglé par son amour, ne voit rien ! Il comprend tout après le suicide de sa femme seulement. Pauvre homme ! Et là, on a pitié de lui quand même.

    Les personnages : 
        Emma m'a un peu énervée, mais pas tant que ça non plus. J'ai eu aussi un peu pitié d'elle. Peut-être parce que je me suis reconnue dans sa vision de l'amour. Jeune, j'étais un peu comme elle, à idéaliser ce sentiment. Ah ! les lectures ne font décidément pas de bien aux jeunes filles ! Elles pervertissent leur esprit ! Mais, les jeunes filles grandissent, mûrissent et arrivent à composer avec la réalité. Chose qu'Emma n'a pas su faire. Parfois, j'ai eu envie de lui dire de réagir, de se remettre un peu en question (chose qu'elle ne fait jamais !), que la vie ce n'était pas ça ! Et en même temps, en temps que lectrice du XXI ème siècle, j'ai eu envie de lui dire : "Toi, ma fille, quelques séances chez le psy et un bon antidépresseur ne te feraient pas de mal !".

       Concernant les personnages masculins, j'ai ressenti un mélange de pitié et de tendresse pour ce pauvre mari trompé à son insu. Et en même temps,on a aussi envie de lui d'ouvrir les yeux.
       J'ai apprécié le personnage de Léon, qui n'est autre que le double masculin de Emma. Seulement, lui a su évoluer, mûrir.

       Le personnage de Rodolphe apparaît comme un mufle, une espèce de salaud qui va juste tout mettre en oeuvre pour attirer la jeune femme dans ses filets, arriver à ses fins et la quitter. Puis, finalement, on finit à éprouver de la sympathie pour lui. Il se fait prendre à son propre jeu et tombe amoureux d'Emma. Mais la façon dont il la quitte fait de nouveau naître la colère et on se dit que c'est bel et bien un beau salaud, et que finalement, on l'avait toujours su.

       Mais le personnage qui m'a le plus horripilée, c'est ce pédant de pharmacien : Homais. Celui-là, jamais je ne l'inviterai chez moi tellement j'exècre ce genre d'individus prétentieux, arrivistes, qui écrasent les autres. Le pire, je crois, c'est que la dernière phrase lui consacrée : "Il vient de recevoir la croix d'honneur." En fait, c'est le seul à avoir réussi en somme. C'est le genre d'individu comme il en existe encore tant à notre époque, prêt à tout pour recevoir les honneurs, surtout à écraser les autres.

    Pour conclure : J'ai adoré relire cette histoire lue il y a de ça presque quinze ans maintenant. Cela m'a même donné envie de me replonger dans L'Education sentimentale tellement j'ai aimé l'écriture de Flaubert. Et surtout, cette relecture confirme ce que dit Jean d'Ormesson : avec les classiques, on est sûrs de ne pas se tromper !

    Madame Bovary, Gustave Flaubert (1856)
    Ed. Livre de poche (450 pages) 

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